Vipassana, merci. 1/3
1/1/20262 min read
La rencontre
J'étais Moïse face à la mer Rouge, j'étais Jesus ressuscité, j'étais Mahomet face au buisson ardent. J'étais Newton face à la pesanteur et Einstein face à son absolue vision de la relativité. Je me sentais omniscient, je me sentais omnipotent. Tout m'apparaissait limpide, j'avais enfin hacké l'Univers. Voilà l'état dans lequel je me trouvais au sortir de la retraite Vipassana.
Une question tanne : qui croire ? Concevoir un système de pensée qui saurait expliquer la plupart des évènements qui ont cours et ainsi me doter d'une arme infaillible, voici ce qui régit ma vie depuis une décennie au moins. Je cherchais du côté des théoriciens de tout genre. Philosophes, historiens, anthropologues, psychologues, prophètes, où se trouvait la vérité ? Alignons côte à côte Marx et Nietzsche, jetons dans l’arène Lévis Strauss et Jack London, Marc Aurèle et Shakespeare, ils se battraient. L'un dirait que la vérité est ici, l'autre là-bas, le dernier entre ici et là-bas. Je ne voulais pas assumer comme on supporte une équipe. Je désirais l'équipe qui gagne tout le temps, car supporter c'est admettre l'éventualité d'une défaite. Or celle-ci n'était pas envisageable, je ne voulais pas même la victoire car la vérité va de soi. Sa présence suffit à la rendre victorieuse. En bon exécutant, il ne suffisait plus que le plan d'attaque, ce plan qui m'aurait tout apporté. Mais aucune trace de ce dernier. Ou plutot, il y en avait trop. J'étais poly-plan, poly-personnalités, poly-amoureux. Je cherchais un gourou.
Durant mes voyages, durant mes expériences professionnelles, la vie même durant, sans repos ni trêve, je cherchais un gourou. Je me voilais la face, car sous couvert d'une vie rangée, ma haine subisistait. Ma haine grandissait.
Je me croyais de plus en plus calme, mais des accès de colère survenaient graduellement. Alors je doutais. Étais-je si en paix que ça ? Me mentais-je à moi-même ? Dur de dénouer. Une personne en dix secondes peut mieux nous cerner que nous-même en quarante ans. J'entends parler d'un nouveau courant ces deniers temps, le pervers narcissique. Cet homme qui a besoin de pousser à bout son partenaire pour s'assurer de son amour. Je continue de penser que la responsabilité incombe aux deux parties. Nous ne sommes jamais victimes d'une personne, mais davantage de la passion que nous vouons à cette dernière. Je pervertissais donc narcissiquement l'ensemble de mes relations. Je poussais à bout mes relations, amoureuses, amicales, pro, pour évaluer le niveau d'amour qu'ils me portaient. A la manière de ces crash tests qui consistent à examiner le comportement des véhicules en cas de collision, je provoquais continuellement des collisions, ici bin eine usine à collision.
Iconoclaste.
Ils voulaient mes actes, je voulais leur être. La création ne m'intéressait guère, c'était la connexion que je recherchais. La synergie plutôt que l'énergie. De surcroît, engagement rime avec embrigadement. En effet, à trop me méfier des prochains, j'ai perdu le sens de l'engagement. Les établissements scolaires comme professionnels m’ont à chaque fois renvoyé. Tant pis, tant mieux.
Par contre, une discipline me paraissait encore intacte.
La méditation.


